1. Dans les secrets de la « marmite » politique guadeloupéenne
Né en 1959, ayant grandi au Lamentin au sein d'une famille d'éducateurs et d'élus engagés — fils de l'ancien premier adjoint lamentinois —, Georges Boucard affirme être « tombé dans la marmite politique dès l'enfance ». C’est par l'écouteur clandestin du combiné téléphonique de son père qu'il apprend très tôt la discipline du silence et les coulisses du pouvoir.
Il évoque sans détour une époque où la toute-puissante Fédération du Parti Socialiste, dirigée par Frédéric Jalton, décidait des carrières et des destins au détour d’un déjeuner de famille à Castel :
« La décision d’introniser Charles Gabriel à Sainte-Rose a été prise dans la cuisine de mes parents. (...) À l'époque, Frédéric Jalton tranchait et personne ne bronchait. »
Témoin des événements tragiques de mai 1967 et des tensions populaires autour de figures comme René Toribio, formé au syndicalisme dur à la CGTG et cadre du Crédit Agricole, Georges Boucard a également joué un rôle déterminant lors du mouvement social de 2009 en réactivant l'Union des Chefs d'Entreprises Guadeloupéennes pour débloquer les négociations face au patronat traditionnel.
2. Le stratège de l’ombre : De la mairie des Abymes au Palais Bourbon
Rejoignant le cabinet d’Éric Jalton dès 2009 après la victoire de 2008, Georges Boucard a mené un double front : gestion des conflits sociaux locaux et collaboration parlementaire à l’Assemblée nationale.
Loin des caméras et des effets de tribune, il rappelle la réalité du travail législatif de fond. C'est à cette époque, sous la loi d'orientation (LODEOM), qu'est inscrit pour la première fois dans le droit français le concept des « Îles du Sud », issu d'un rapport de terrain remis au secrétaire d'État Yves Jégo.
Cette immersion au cœur des institutions nationales lui forge une lecture acérée de la République, égratignant au passage le mythe de l'étanchéité de la justice et rappelant les dérives historiques des financements politiques et de la Françafrique.
3. Affaire de la voirie des Abymes : « Un procès politique et un dossier juridique folklorique »
C'est le point d'orgue de cet entretien. Georges Boucard démonte pièce par pièce le dossier de la voirie qui a visé le maire des Abymes, qualifiant sans hésiter la procédure de « procès politique » destiné à briser un édile jugé trop indiscipliné par certaines sphères étatiques — notamment en raison de son refus obstiné d'entrer dans le SMGEAG, qualifié dès l'origine de « Titanic ».
Revenant sur les faits techniques :
Un marché régulier : Le marché à bons de commande attribué à l'entrepreneur Silver Fifi respectait scrupuleusement les règles de la commande publique (aucun favoritisme n'a été retenu par l'instruction).
La responsabilité des travaux : L'écart d'épaisseur d'enrobé (8 cm posés au lieu des 12 cm prévus au devis pour maximiser la marge de l'entreprise) relevait de l'entrepreneur et du contrôle des services techniques habilités, et non du maire lui-même.
Le chèque du million d'euros : Lorsque l'entreprise a tenté de restituer 1 million d'euros à la commune par chèque pour compenser le préjudice, c'est Georges Boucard lui-même qui a recommandé de renvoyer immédiatement ce titre en recommandé pour éviter toute qualification d'enrichissement sans cause ou de complicité.
Sur le plan judiciaire, Boucard dénonce une décision de première instance incohérente, basée sur une « complicité passive » après l'abandon des trois chefs d'accusation principaux. Il pointe une faille procédurale majeure qui, selon lui, fera s'effondrer le dossier en appel : la disjonction de la procédure. L'entrepreneur principal ayant été écarté de l'audience pour raisons médicales (troubles cognitifs certifiés), la justice ne pouvait légalement juger le supposé complice sans l'auteur principal.
4. La rupture Serva / Jalton : Le point de non-retour
Interrogé sur les relations orageuses entre le député Olivier Serva et le maire Éric Jalton, Georges Boucard livre un constat sans appel : le divorce est définitif.
La ligne rouge a été franchie lors de la garde à vue au petit matin d’Éric Jalton, vécue comme une humiliation délibérée directement liée aux plaintes et manœuvres politiques :
« Quand on vient vous chercher à 6 heures du matin pratiquement en slip pour vous amener à Morne Vergain... Éric Jalton ne pardonnera jamais cela. Il y avait deux belles intelligences, mais la rupture est totale. »
Tout en reconnaissant les qualités de travail parlementaire d'Olivier Serva à la tête du groupe LIOT, il lui reproche un manque de maturité politique locale et des coups d'éclat médiatiques inutiles, lui conseillant sans détour de se concentrer sur l'hémicycle national et de « laisser la gestion des Abymes à ceux qui savent la mener ».
5. L'avenir politique et la relève en Guadeloupe
Alors que s'ouvre une nouvelle ère, Georges Boucard dresse un état des lieux lucide du paysage politique :
La solidité abymienne : Si Éric Jalton demeure le « baobab » de la scène locale, une pépinière de jeunes élus émerge et assume désormais des délégations lourdes, rappelant le poids électoral colossal de la commune dans tous les scrutins majeurs.
Le style des leaders : Comparant les gouvernances, il oppose l'intransigeance relationnelle d'un Victorin Lurel à l'efficacité d'un Ary Chalus, qu'il décrit comme un stratège politique impitoyable mais doté d'une proximité humaine indéniable (« un bon boug »).
La figure montante : Pour l'avenir territorial, Georges Boucard désigne clairement Adrien Baron comme la figure politique majeure des prochaines années, tout en le mettant en garde contre les pièges et les tirs croisés inhérents au marigot politique.
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