SIG Guadeloupe : Entre urgence financière et actions de terrain, le grand déballage d'Olivier Bajard
Entre un patrimoine vieillissant, des coupes budgétaires drastiques de l'État et des chantiers colossaux, le logement social en Guadeloupe est sous tension. Dans un entretien de près de 50 minutes accordé à l'émission "On en parle" sur My TV Caraïbes, Olivier Bajard, Directeur Général de la SIG, a dressé un constat sans filtre de la situation. Finie la langue de bois technocratique : place à une gestion qui se veut directe, humaine et assumée. Décryptage d'une stratégie de rupture pour redonner de la dignité et de la fierté aux quartiers.
Le franc-parler et l'humain avant la procédure
Dès son arrivée à la tête de la SIG en octobre 2022, Olivier Bajard a imposé un style détonnant, loin de l'image du dirigeant barricadé dans son bureau. Issu lui-même de quartiers populaires (les Minguettes à Vénissieux), il revendique une approche où "la parole de l'homme vaut l'homme". Ce management cash s'illustre par un mea culpa rare dans le milieu institutionnel : il reconnaît ouvertement que le patrimoine de la SIG n'a pas été suffisamment entretenu par le passé. Pour lui, la reconquête de la confiance des locataires passe par une présence physique et sans artifice, n'hésitant pas à se rendre "en savates et en t-shirt" au cœur de Mortenol pour dialoguer directement avec les jeunes du quartier.
Le mur financier : un cri d'alarme aux politiques
Si la méthode se veut proche des gens, la réalité comptable, elle, est brutale. Le directeur de la SIG tire la sonnette d'alarme face à une annonce de l'État prévoyant une coupe budgétaire de 40 % allouée au logement social en Guadeloupe. Une décision d'autant plus incompréhensible qu'elle intervient en plein plan de relance national du logement. Face à ce qu'il perçoit comme un abandon de l'Outre-mer par Paris, Olivier Bajard sort de sa réserve de bailleur pour interpeller directement les parlementaires et les élus locaux : sans un front politique uni pour défendre les financements, la Guadeloupe ne pourra pas loger dignement ses habitants.
Mortenol et le Raizet : réhabiliter par l'art et la culture
L'action de la SIG ne se limite plus à couler du béton. Le bailleur assume désormais une mission de réhabilitation lourde et de gestion de vie de quartier. Le chantier titanesque de Mortenol, estimé à plus de 300 millions d'euros, en est la preuve. Mais au-delà des canalisations et des ascenseurs, la stratégie vise à redonner une âme à ces espaces. Création de jardins partagés, végétalisation, et surtout, un projet novateur visant à transformer la résidence du Raizet en un véritable "musée à ciel ouvert" grâce au street-art. L'objectif est clair : utiliser l'art comme levier d'intégration pour recréer du lien social et de la fierté chez les résidents.
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En conclusion :
L'intervention d'Olivier Bajard met en lumière le rôle hybride que doit jouer un bailleur social moderne en Guadeloupe : à la fois bâtisseur, réparateur, et parfois même médiateur social. Mais son discours souligne surtout une urgence. Si les initiatives de terrain et la volonté de remettre l'humain au centre de l'habitat sont réelles, elles risquent de se fracasser contre le mur des restrictions budgétaires. La balle est désormais dans le camp des décideurs politiques locaux et nationaux. Le logement n'est pas qu'une question de murs, c'est le socle de la dignité citoyenne ; et sur ce point, le débat ne fait que commencer.
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