Commande publique et crise du BTP en Guadeloupe : Un plan d'urgence en 8 décisions pour éviter le crash
Réunis ce jeudi 2 juillet 2026 à la Résidence Départementale au Gosier, les grands donneurs d’ordre publics, l'État et les professionnels du BTP ont mis cartes sur table. Face à une crise de trésorerie asphyxiante qui menace des centaines d'emplois, les présidents du Département et de la Région ont acté une feuille de route en huit points cardinaux. Décryptage d'un sommet de crise au micro de notre Rapporteur, Mario Toupatou.
Le cri d'alarme du secteur privé face à la réalité du terrain
L'ambiance était lourde au Gosier, mais le dialogue est désormais rétabli. C’est le constat partagé par Alphonse Guillaume, maire de Deshaies, et Jean-Yves Ramassamy, chef d'entreprise, à la sortie de cette table ronde cruciale. D'un côté, les entreprises du BTP subissent des tensions de trésorerie colossales. De l'autre, les collectivités font face à des réalités budgétaires disparates.
Le président de la Fédération du BTP, José Gaddarkhan, n’a pas mâché ses mots au micro de MMC : pour les entrepreneurs, il y a urgence de vie ou de mort. Le principal point d'achoppement reste les poursuites judiciaires et administratives liées aux dettes fiscales et sociales des entreprises. « On nous poursuit pour des charges alors que l'argent que l'on nous doit sur les chantiers n'est pas versé », déplore-t-il, réclamant un gel de ces procédures pour éviter la disparition pure et simple des structures locales.
Pourtant, des efforts notables sont salués. Thierry Abelli, président du Grand Sud Caraïbe, a rappelé le chemin parcouru : sa communauté d'agglomération est passée de 56 millions d'euros de mandats impayés en 2020 à 13 millions aujourd'hui. De son côté, la Région Guadeloupe, par la voix de son président Ary Chalus et de son chargé de mission Teddy Bernadotte, affiche une santé exemplaire avec un délai de paiement moyen de 24 jours. Mais le problème reste entier pour de nombreuses municipalités où les délais s'allongent, mettant en péril près de 200 emplois directs selon les estimations du secteur.
Les 8 piliers du plan de sauvetage
Pour sortir de cette impasse, l’exécutif territorial, initié par le président du Département Guy Losbar, a validé un relevé de décisions structuré autour de 8 mesures phares :
- Un groupe de travail permanent : Chargé de transformer les discussions en propositions opérationnelles sous 20 jours.
- Un pool bancaire de préfinancement : Mobilisation de la Banque des Territoires, de la Banque Postale et de l'AFD pour sécuriser les financements en amont.
- Une Charte de la commande publique : Intégration d'un dispositif de prise en compte des créances récentes et mise en place de mandatements d'office avec intérêts moratoires.
- Un audit au cas par cas avec les maires : Sessions de travail spécifiques avec les communes pour réduire les délais de paiement et octroyer des avances de démarrage.
- Une plateforme de visibilité sur 2 ans : Un outil numérique permettant aux entreprises d'anticiper les intentions d'achat public et de s'organiser en groupements.
- Un rendez-vous annuel de la commande publique : Pour renforcer le sourcing et la lisibilité des marchés sur le territoire.
- Un groupe dédié aux dérogations réglementaires : Pour adapter les textes législatifs aux spécificités de l'écosystème guadeloupéen.
- Un front commun sur le dossier de l'eau : Faisant suite au Congrès des élus du 24 juin dernier, une action politique sera menée au plus haut niveau de l’État dans les prochaines semaines pour lier les conditions d'accès aux marchés du BTP à la refonte des infrastructures de l'eau.
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En conclusion :
Cap sur la fin juillet : l'heure des actes Si les chefs d'entreprises restent prudents et attendent de voir comment ce plan de travail sera respecté, les politiques, eux, se veulent rassurants. « On ne peut pas lancer un marché si on n'a pas le financement », a martelé Ary Chalus, rappelant que la Région continue d'injecter 300 millions d'euros annuels en investissement et s'apprête à lancer 17 nouveaux lots de rénovation de lycées durant les vacances. Les propositions issues du nouveau groupe de travail seront présentées dès la fin du mois de juillet lors de la Conférence Territoriale de l'Action Publique (CTAP). Pour la Guadeloupe, l'enjeu est limpide : maintenir son tissu économique en vie, car comme l'ont rappelé l'ensemble des acteurs, si le BTP s'écroule, c'est toute l'économie de l'archipel qui plonge.
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