Une double insularité devenue financièrement intenable
Pour les habitants des Îles du Sud, se déplacer vers le « continent » relève désormais du gouffre financier. Philippe Bavarday a dressé un constat chiffré alarmant : les billets dits à tarif réduit (mardi et jeudi) sont passés d'environ 8 euros avant la crise sanitaire à 12 euros, puis à plus de 19 euros aujourd'hui. Quant aux allers-retours standards, ils dépassent fréquemment les 35 euros.
Le président du collectif a mis en perspective cette réalité avec le transport terrestre : là où un trajet en bus de 60 km entre Pointe-à-Pitre et Basse-Terre coûte environ 3 euros par trajet, un voyage maritime de seulement 40 km pour rallier Marie-Galante revient jusqu'à cinq fois plus cher. Un non-sens économique et social qui bafoue, selon lui, l'esprit de la loi LODEOM de 2009 censée garantir une réelle continuité territoriale et compenser les surcoûts de l’insularité.
La gestion locale et l'État sous le feu des critiques
Face à ces augmentations répétées, le responsable associatif pointe du doigt la passivité des compagnies maritimes, mais surtout le silence des décideurs publics. Dénonçant une politique de « la langue de bois et de l’omerta », il n'a pas mâché ses mots à l'encontre de la préfecture, qualifiant l'attitude des services de l'État de « paternaliste » voire de « colonialiste » en raison du manque de considération et de réponses aux multiples alertes transmises.
Philippe Bavarday a également comparé la situation de l’archipel guadeloupéen à celle de la Corse. Dotée de financements bien plus conséquents pour assurer ses liaisons maritimes et aériennes pour environ 250 000 habitants, l’île de beauté illustre, à ses yeux, une disparité de traitement flagrante avec l'outre-mer. Faut-il des crises ouvertes pour que les doléances ultramarines soient enfin prises au sérieux par Paris ?
L'exigence d'un nouveau modèle institutionnel
Face au débat en cours sur l'évolution institutionnelle via l'article 74, le Collectif des Îles du Sud exprime de vives réserves sur un schéma d'autonomie globale qui concentrerait le pouvoir sans protéger les dépendances. Rappelant l’émancipation passée des Îles du Nord (Saint-Martin et Saint-Barthélemy), Philippe Bavarday propose une refonte des relations internes à l’archipel : une logique d'« États associés » — à l'image du modèle de Trinité-et-Tobago — garantissant à chaque île (Marie-Galante, Terre-de-Haut, Terre-de-Bas, La Désirade) une représentation automatique et pérenne dans les assemblées décisionnelles.
Bien décidé à faire entendre cette voix singulière, le collectif annonce son intention de peser directement sur la prochaine campagne présidentielle, avec l'exigence d'une circonscription et d'un député dédié aux Îles du Sud.
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