Pour comprendre ce qui réunit aujourd'hui le verbe, le geste scénique et la transmission chez Nathy Anika Apoukési, il faut remonter à la source de sa démarche. En Martinique, où s'est longtemps ancrée son activité, elle s'est d'abord fait connaître à travers l'artisanat du cheveu naturel et la locksthérapie via l’espace Nathyrelle. Très vite, son approche a dépassé la simple esthétique. Pour elle, la chevelure texturée et le corps ne sont pas des ornements superficiels, mais de véritables archives vivantes, témoins d'une histoire collective et d'une dignité à réaffirmer.
Cette quête de sens l'a menée bien au-delà de son atelier. Des fleuves du Suriname aux couvents traditionnels du Bénin et du Togo, Nathy s'est immergée dans les savoirs ancestraux, l'hydrothérapie rituelle et l'orature sacrée. Initiée aux traditions aquatiques et professeure de Kasàlà — cet art poétique bantou d’éloge et de célébration de soi —, elle a forgé une vision décloisonnée du bien-être : refuser l'injonction permanente de devoir « se réparer » pour simplement habiter son autorité intérieure.
Fidèle à ses principes de vérité, elle n'a pas hésité à bousculer ses propres certitudes. En 2024, après quinze ans à porter et sublimer ses locks, elle a posé un acte symbolique fort en rasant intégralement sa chevelure. Ce dépouillement volontaire a ouvert deux années de nomadisme, de résidences artistiques personnelles et de rencontres à travers le monde.
De cette longue traversée est née une création hybride : la conférence-performance « Naître à sa Souveraineté ». Sur scène, Nathy brise les codes de l'exposé classique. En mariant récits intimes, déclamation, présence corporelle et respirations partagées avec la salle, elle invite chacun et chacune à transformer ses propres ruptures de vie en points d'ancrage.
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